En 1986, à Strasbourg, des lycéens fondent un journal appelé « Molodoï » (qui signifie « jeune » en russe). Distribué nationalement, il se veut un point vers lequel convergent tous les traits d’une culture urbaine, scène rock alternative, graphisme, pochoirs, production indépendante, happening. Une émission de radio hebdomadaire sur Radio Bienvenue Strasbourg (« Molodoï : toutes les alternatives musicales ») voit le jour. Son concept : promouvoir l’union de toutes les cultures musicales.
Après la parution du cinquième et dernier numéro du fanzine, Molodoï se constitue en association centrée sur une question : une autre approche du culturel est-elle possible? Auto production, concerts à bas prix, théâtre de rue et productions artistiques indépendantes ne sont-ils que les expressions de cultures minoritaires ou de véritables tendances ?
Molodoï se lance alors dans l’organisation de concerts rock : un concert à 30 francs avec deux groupes est désormais concevable. Un premier concert au profit de SOS Racisme rassemble près de 300 personnes dans la salle du Fossé des Treize, une « Fiesta alternative » réunit 1500 personnes à la salle des fêtes de Schiltigheim. Un mois plus tard, en coproduction avec le Fossé des Treize et le collectif Amérique Centrale, Molodoï organise une soirée de soutien en faveur de jeunes désirant partir à la rencontre d’un pays du Tiers-monde : le Nicaragua. S’ensuivent de nombreux concerts, performances, notamment dans des friches avec, comme temps fort, un festival se déroulant sur deux jours.
1989 voit naître le projet du Centre Autonome Jeunes. Cette envie part de plusieurs constats : dans un contexte social dégradé, une partie de la jeunesse strasbourgeoise ne trouve pas sa place sur le plan culturel dans la Cité. Après deux ans de négociations avec la municipalité, le bâtiment, sis 19 rue du ban de la roche, est confié à Molodoï dans le cadre d'un bail emphytéotique2 d'une durée de 18 ans, courant à partir de 1991. Monsieur Roland RIES, actuel Maire de Strasbourg et alors Premier Adjoint, signera le bail.
Jusqu'à son ouverture en 1994, trois ans de travaux ont été nécessaires pour le réaménagement et la réhabilitation du lieu, réalisés par les bénévoles du Molodoï eux-mêmes.
Le coût total des travaux a été de 1,2 millions de francs, dont la moitié provenait du ministère de la Culture (programme café musique), et l'autre moitié de subventions du Service de l'action Sociale de la ville et du Ministère de la Jeunesse et des Sports.
Molodoï accueille de nombreux projets associatifs, concerts de tous horizons musicaux, des projections, du théâtre, des expositions, des débats, des repas. Des activités régulières sont mises en place : permanences d'autres associations, repas du mercredi, répétitions de groupes musicaux. Molodoï se voit attribuer une subvention de la ville de Strasbourg, couvrant essentiellement les dépenses en électricité.
1997 amène une réorganisation juridique du Molodoï. Les membres de l'association font désormais partie d'un conseil d'administration collégial (sans président) et en sont les responsables légaux.
Les assemblées générales (AG) ont la double mission d’organiser la vie collective du CAJ (programmation, planning, travaux collectifs) et d’aborder l’ensemble des questions inhérentes à la gestion du lieu (factures, travaux, projets). Tout le monde peut venir participer à l'assemblée générale et débattre de la vie du Molodoï.
Jusqu'ici, la salle était mise à disposition en contrepartie de 33 % des bénéfices réalisés sur un évènement. Plus tard, pour tenter de rompre avec le rapport classique prestataire / client, il a été décidé d'attribuer le lieu à une association en la laissant juge de sa contribution (humaine, matérielle ou financière). Le CAJ souhaitait ainsi en venir à responsabiliser les associations utilisatrices.
En 2000, riche de 10 ans d’expériences et d’échanges avec les associations utilisatrices, une réflexion est lancée autour des besoins exprimés par l’assemblée. Elle aboutit à une décision d’équipement de la salle et l'embauche d’un technicien.
Ceci répond à la nécessité de l'accueil du public dans de bonnes conditions matérielles et techniques, ainsi qu'à l’attente de la Ville de Strasbourg quant à la limitation des nuisances sonores à l’intérieur et à l’extérieur de la salle.
Depuis septembre 2003, le Centre Autonome Jeune Molodoï propose aux associations un service technique et humain en contrepartie d’une participation aux frais d’usure (bien en deçà des tarifs de location de sociétés privées). Cette offre rencontre un engouement de la part des associations, accélérant ainsi les réflexions quant aux développements et à l’amélioration des services proposés. Les fonds récoltés grâce à la participation pour frais d’usure permettent de compléter les équipements et de réfléchir à la pérennisation du poste emploi jeune et aux possibilités d’autofinancement de la salle.
Molodoï est devenu un espace de diffusion dont le rayonnement dépasse largement le cadre national. En effet, avec plus de 200 évènements annuels malgré une fermeture en juillet/août, (théâtre, concerts, conventions, spectacles) la salle est aujourd’hui au maximum de sa capacité. Le CAJ restant dépendant de la subvention de fonctionnement (23.000 euros depuis 2007), ses rêves d’autofinancement initiaux ont été progressivement abandonnés. De plus, l’embauche d’un ingénieur du son en contrat emploi jeune a augmenté la part de subvention attribuée à la salle (CNASEA). Mais cette subvention a vocation à diminuer annuellement jusqu’à disparaître courant 2011 laissant Molodoï seul financeur de son emploi.
Parallèlement, Molodoï, fidèle à sa mission de promotion de la scène locale, a mis à disposition un local permettant :
Le nombre croissant d’évènements annuels (de 125 en 2002, à 218 en 2008), l’augmentation du nombre d’associations porteuses de projets (de 37 en 2002, à 72 en 2008), l’utilisation du Molodoï par des associations ne s'impliquant pas dans la démarche initiée par le CAJ, ont été des éléments qui ont régulièrement créés des contradictions et nécessité de réorganiser son fonctionnement. En 2007, le CA décide de fermer le CAJ Molodoï dès le mois de mars afin de mettre en avant les dysfonctionnements et contradictions liées à l’utilisation du lieu. Une liste restreinte d’association est dressée qui seules pourront déposer des projets pour cette fin de saison. Les associations consommatrices sont ainsi momentanément écartées. C’est a cette période que née l’idée de créer un collège d’associations ou d’individuEs réellement investis dans Molodoï et qui pourrait soutenir le CA dans ses prises de décisions.
Aujourd’hui, ce collège de personnes est invité à prendre part aux décisions du fonctionnement courant du Molodoï. La recherche du consensus est privilégiée. En cas de désaccord, il est procédé à un vote.
Le bail emphytéotique arrive à terme au 31 décembre de cette année. Durant plusieurs mois, le CA essaiera de rendre attentif les associations utilisatrices du lieu aux enjeux qui entour cette fin de bail. Nous choisirons de déposer dès mars un dossier afin de demander le renouvellement du bail emphytéotique. Sa rédaction sera faite conjointement entre décembre et mars avec des membres du CP. De nombreuses réunions seront organisées à cet effet. Une stratégie de communication et d’action est imaginée afin de faire pression sur les décideurs et financeurs (mairie…) qui s’enferment dans le silence durant plusieurs mois. Articles de presse, concert de soutien, affiches autocollants, compilation de soutien, rencontre fortuite des élus, tractage, lobbying vont s’alterner durant une période pleine d’effervescence. Des soutiens inattendus vont venir conforter notre combat tel ce blog qui va, en quelques semaines, attirer plusieurs milliers de personnes. L’enjeu est d’importance, le quartier gare est soumis à une forte pression urbanistique dans le cadre de la création d’un quartier d’affaire, au sein même de Molodoï, certainEs souhaitent que cette fin de bail soit le moment d’un glissement vers une professionnalisation de la salle, d’autres défendent le projet d’autonomie, les élus et leurs services semblent eux même avoir des visions différentes du devenir du CAJ. Lors de ces négociations, il a été vaguement parlé de la nécessité d’une mise en conformité par le biais de l’obtention d’une licence d’entrepreneur du spectacle mais jamais aucune demande officielle n’a émané des responsables politiques, pas même lors de la réunion concluante avec messieurs Bies et Payot. Molodoï s’opposait à cette licence qui, par ses exigences administratives et son esprit aurait totalement défiguré le projet de la salle.
Finalement, Roland Ries, maire de la ville, annoncera officiellement la reconduction du bail empythéotique, sans condition, lors du discours d’ouverture des Assises de la Culture. La nouvelle fait grincer quelques dents mais assoit, pour douze années supplémentaires, la pertinence du projet Molodoï.
MOLODOI N'EST PAS MORT ! VIVE MOLODOI !