Communiqués CA

Communiqué CA - Février 2012


Salut la jeunesse!


Wahou... le dernier édito-molo a fait réagir ! Beaucoup de réactions au détour des conversations. Cela prouve que la Bête frétille. Il était question du vieux concept de "musiques actuelles", un truc branchouille né à la fin des années 70. Mon dieu qu'il est difficile de désacraliser les institutions même lorsque celles-ci font semblant d'appartenir à la marge.


Alors, pour en remettre une couche (parce qu'à Molodoï on aime) voici un petit décryptage de la langue de bois culturelle. Vous savez ce langage Orwellien qui consiste à dire des choses simples mais emberlificottées, l'art de l'euphémisme que nous évoquions dans le dernier édito.


Il est applicable dans la culture comme dans la guerre. Tout le monde connaît: un massacre de civils lors d'un bombardement s’appellera un "dommage collatéral", une bombe qui tombe du ciel se dira "une frappe chirurgicale" ou encore un village détruit et rasé, sa population déplacée se nommera une "pacification".


La modification des mots et de leurs sens est aussi un exercice pratiqué chez les patrons. Dans le monde de l'entreprise, il ne faut pas parler de "travailleur". Un travailleur, une travailleuse, c'est un pue-la-sueur, un gars qui trime, qui agit et fournit un effort. Mieux vaut parler alors de "salariéE". Le salarié désigne quelqu'un de passif qui touche un salaire. Ce choix de langage implique une modification des liens : le salarié devient subitement dépendant de son patron alors que le travailleur, lui, est riche de sa force de travail.


Dans le monde de la culture et des arts, un monde où, justement, la Culture et les Arts élèvent l'âme du pue-la-sueur vers l'élite, un travailleur n'est même pas un "salarié" c'est un "permanent". Avec les permanents, ces néo-professionnels, la culture ne s'arrête jamais.


Le vocabulaire évolue suivant ce que l'on veut lui faire dire et sous-entendre. Aujourd'hui, un artiste qui construit son spectacle n'est plus en "répétition" mais en "résidence". C'est plus chic. La "répétition" ça fait trop pue-la-sueur sur sa chaîne de montage alors que "résidence" ça fait vacances en Suisse aux bords des chaînes de montagnes.


Parfois, le jargon cultureux pousse à l'absurde. N'y a t-il pas floraison de "spectacles vivants" ? Est-ce en opposition à de sombres "spectacles-morts" avec des zombis bien vivants?


A Molodoï aussi, nous avons notre vocabulaire, parfois incompris: autogestion, gratuité, mise à disposition, co-production, collégialité, convivialité, bénévolat, soutien, engagement, populaire, accessibilité...


Pourtant, nous sommes aussi une salle de "musiques actuelles", sans agréments, sans mécènes, sans tuteurs, sans réseaux, qui conseille, accompagne, permet de faire émerger les artistes locaux. Une salle "vivante" avec des gens vivants qui propose près de 200 dates par an grâce aux énergies de centaines de bénévoles et acteurs discrets des scènes d'ici et d'ailleurs. Il est d'ailleurs bien agréable d'observer que bons nombres d'artistes, collectifs et associations qui font aujourd'hui l'actualité culturelle locale et nationale ont fait leurs premières armes au CAJ Molodoï, avant d'évoluer vers d'autres ancrages. A Molodoï, c'est "résidence" en permanence. Des films, des spectacles, des concerts, du théâtre, des réunions, des manifestations... avec un minimum de subvention, un maximum de bonheur. A Molodoï, le seul "permanent" est notre glorieux Ingénieur Son, au service des associations utilisatrices.


Allez, hop! Parce que nous ne vivons pas dans un monde de bisounours, une petite citation pour faire réfléchir.


"A force de répétitions et à l'aide d'une bonne connaissance du psychisme des personnes concernées, il devrait être tout a fait possible de prouver qu’un carré est en fait un cercle. Car après tout, que sont ces "cercles"et "carrés"? De simples mots. Et les mots peuvent être façonnés jusqu'à rendre méconnaissables les idées qu'ils véhiculent."
Joseph Goebbels (ministre nazi de l'information et de la propagande)

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